ECRITS / Texte

Présentation :

Ville et écologie ; qu'est-ce qu'une ville écologique ?
Exemple de Montreuil-sous-bois

Ce texte a été écrit à Montreuil sous bois, en banlieue parisienne, quand j’y habitais en 2013.

Ayant longtemps vécu dans Paris intramuros, et ayant découvert de nouvelles villes en Asie, en Afrique du Nord… je me suis posé la question de savoir quelles villes étaient véritablement écologiques ?

Vous trouverez quelques réponses à mes questions dans cet article écrit en 2013, et dans d’autres articles présents dans le « Fil d’architecture » (menu général ci-dessus) :

  • de Paris à Pékin, chemin vers une ville écologique ;
  • Marrakech, ancienne cité jardin

Je vous souhaite une bonne lecture.

Qu’est-ce qu’une ville « écologique » ? Quels sont les critères à prendre en compte, au-delà de l’aspect « fleuri » que peut prendre une ville ? Une grande partie du débat politique tourne actuellement autour de la question de la densité urbaine, et ce débat est totalement faussé et déformé : il vise à culpabiliser les habitants qui habitent des logements bas et à promouvoir un seul modèle, le modèle industriel des gabarits haussmanniens étendus à toute la banlieue, voire des formes post-haussmanniennes plus hautes, plus massives, plus denses… Cette ville promise (ou obligée) est-elle écologique ? Je ne le pense pas : 38% des émissions de gaz à effet de serre viennent du secteur de la construction, principalement de type industriel (forme de nos villes contemporaines). Je vous livre quelques étapes de mes réflexions sur ce sujet, au gré de différents articles écrits et présents sur mon site.

petit passage par Paris et Pékin...

Comparons deux modèles urbains radicalement différents, Paris et l’ancien Pékin. La densité parisienne est considérée comme une des plus élevées au monde, plus élevée que bien des villes dont les immeubles sont beaucoup plus hauts. 

A contrario, l’ancien Pékin, qui offre un véritable sentiment d’urbanité, est moins dense et beaucoup plus bas, puisque les maisons n’ont pas d’étage et s’organisent de manière resserrée autour de cours-jardins intérieures (les « siheyuans, « maisons à cour carrée »). La qualité de vie y est exceptionnelle, et la densité d’habitat élevée puisque 3 ou 4 générations d’une même famille habitaient la même maison.

J’ai comparé dans un « face à face » les qualités respectives de ces deux systèmes urbains, à la même échelle :

Paris
ancien Pékin

A première vue, vous direz que les systèmes sont « incomparables », et que l’urbanisme parisien offre beaucoup plus de surfaces construites ! Pourtant, si nous comparons les chiffres de 1940 (avant que Pékin ne soit radicalement transformé sous le régime de Mao), les populations de Paris et de Pékin, pour une surface égale, sont respectivement de 2,7 et 1,55 millions d’habitants… Etant données les différences radicales des deux systèmes, la question de la densité la plus appropriée mérite d’être posée.

Où préférez-vous habiter ?

dans une rue parisienne...
ou une rue pékinoise ?

J’ai développé beaucoup plus cette comparaison dans un article de ce site : vous pouvez vous y référer : « de Paris à Pékin, chemin vers une ville écologique« 

Sur le sujet qui nous intéresse (la ville écologique), je retiendrai ceci :

  • A Paris, plus de la moitié des logements ne reçoit pas le soleil ; à Pékin, tous les logements reçoivent le soleil, à toutes les saisons…
  • A Paris, étant donné le ratio de surface de toiture/surface construite, il serait difficile de procurer de l’eau chaude solaire (panneaux solaires) (voir de l’électricité – panneaux photovoltaïques) à tous les logements. A Pékin, ce serait facile.
  • A Paris, quasiment tout l’espace extérieur est « stérilisé » (macadam, ciment), dans les cours, dans les rues… A Pékin, les cours sont en pleine terre : ce sont des jardins et des potagers… L’habitation de Pékin n’est pas un appartement clos, limité à la vue sur les voisins, c’est un intérieur et un extérieur de nature. Nous pourrions aussi parler de la perméabilité des sols aux eaux pluviales…
  • A Pékin les rues sont étroites puisque les gabarits sont bas ; ils favorisent l’intensité « urbaine » et les échanges… et l’économie des espaces publics à entretenir.
  • A Pékin, les maisons peuvent être « auto-construites », ou presque, par de petites équipes d’ouvriers, de manière économique. A Paris, les bâtiments sont construits par des entreprises du BTP, souvent grosses ; qui maîtrise les coûts, et la dépense énergétique ?
  • Le manque d’espaces privatifs extérieurs et d’espaces de nature génère dans une ville comme Paris des migrations hebdomadaires hors la ville catastrophiques du point de vue de la pollution et du bilan énergétique. Seuls ceux qui n’ont pas les moyens restent.
  • Cela permet d’aborder un autre versant de l’écologie : l’écologie sociale. Une ville comme Pékin est beaucoup plus égalitaire dans le sens où elle offre le même confort à tous ses habitants (soleil, plain pied), et à tous un bénéfice d’espaces extérieurs accessibles.

Je ne suis pas certain d’être allé au bout des avantages « écologiques » d’un système urbain bas et dense, mais vous en comprenez le raisonnement. Tout est fait aujourd’hui pour culpabiliser les habitants de profiter d’un tel environnement ! Au profit de qui ? 

Je vous laisse construire vos réponses.

Montreuil-sous-bois

Cette introduction sur Paris et Pékin permet d’aborder la question de Montreuil avec quelques arguments. Le système urbain montreuillois est beaucoup plus proche de celui de Pékin, puisqu’il est constitué en majeure partie (80% de l’espace construit ?) d’un habitat bas et dense, sous un velum de 7m environ (R+1).

Comme je l’ai déjà dit, je réfute le terme de « pavillons », qui fait référence aux lotissements de promoteurs, et qui dénigre l’habitat individuel sous forme de maison. A Montreuil, les maisons sont accolées, possèdent des cours ou des jardins souvent de taille modeste, les fonds de parcelles sont souvent eux aussi bâtis : je préfère parler de « maisons de ville ».

Le tissu de Montreuil, un peu plus haut que celui de Pékin, possède par contre un avantage remarquable. Du fait de l’histoire industrielle de la ville, le tissu est mixte et mélange, sous un même velum, habitations et ateliers. Ceci est un caractère fondamental de ce que doit être une ville ; un tissu pluriel où se côtoient lieux de travail, commerces et habitations. C’est un caractère tout à fait « écologique » dans le sens où il limite les déplacements urbains, puisque les fonctions se côtoient.

En référence aux exemples (contradictoires) de Paris et Pékin ci-dessus, j’ai modélisé un îlot montreuillois à titre d’exemple :

L’îlot au centre de l’image ressemble en volumétrie à ceci…

Vous pourrez observer plusieurs choses :

  • La continuité du bâti ;
  • La possibilité de le densifier encore un peu sans nuire à ses qualités ;
  • L’imbrication de logements et d’ateliers (en beige) ;
  • L’ensoleillement partagé, malgré quelques immeubles un peu plus hauts…

Ce tissu est fragile. Le PLU actuel (en 2013) (zone UM) le promet à la disparition. Sur les parcelles que vous voyez, les opérations de bétonnage actuel à Montreuil sont possibles : si une parcelle se densifie à outrance, deux ou trois parcelles contigües sont anéanties !

Une construction récente au 61 rue Voltaire stérilise 3 ou 4 parcelles autour d’elle. Cet exemple se multiplie à Montreuil. Les habitants des parcelles voisines envisagent de partir…
Prospective

Montreuil, ville écologique qui s’ignore ?

C’est un peu mon sentiment, et cela ne veut pas dire qu’il faille figer la ville dans sa situation actuelle. Bien des choses sont à améliorer ; certains quartiers peuvent même être densifiés légèrement sous le même velum…

Nous savons aussi que de grandes friches industrielles disparaissent. Comment les transformer ? Faut-il, dans une urgence coupable et violente, les reconstruire sans aucun rapport avec ce qui les entoure, et les « bétonner » ?

…et si nous les reconstruisions justement à l’image (actualisée) du modèle urbain qui les environne : bas, denses, pluriels… Pourquoi les « dits » logements sociaux devraient-ils avoir une forme différente des maisons des autres ? Pourquoi le « logement social » adopte-t-il systématiquement la forme du gabarit « haussmannien », immeuble de rapport par excellence ?

Au-delà de la reconversion des friches industrielles, se pose la question de la ville dans son ensemble. Une ville est-elle un ensemble homogène, ou peut-elle être diverse, posséder des « intensités » différentes selon les lieux, des rythmes différents ?

Une statistique dont j’ai eu connaissance (à vérifier), disait que 80% des français préféraient vivre dans des maisons. Ce que j’ai développé ci-dessus me laisse penser que c’est possible, et même écologique. Pourquoi les responsables politiques disent-ils le contraire ? Cela en dit long sur l’état de notre démocratie et sur le fait que l’idéologie remplace souvent l’état de réalité.

Supposons donc que pour 20% (ou même 30%) des gens, cela soit plus adapté de vivre en appartement, dans des immeubles. Pourquoi pas ? Beaucoup d’entre nous ont apprécié, à un moment de leur vie, une telle situation (les étudiants, les personnes âgées, les célibataires…). La ville peut tout à fait se constituer d’espaces différents et complémentaires.

Il co-existe à Tokyo, dans le quartier qui borde l’avenue Omotesando, deux systèmes urbains complémentaires : l’avenue Omotesando est bordée d’immeubles assez hauts, de commerces et de bureaux : c’est un axe important et un lieu de vie sociale, un lieu d’intensité urbaine nous pourrions dire ; juste derrière ce front bâti, s’étendent des quartiers bas et denses (le quartier Jingumae), qui peuvent ressembler à ceux de Montreuil… Cette complémentarité est remarquable et vivante, source d’émotions différentes et variées, et d’une grande qualité de vie.

Montreuil possède déjà quelques « centres urbains » plus prononcés : la porte de Paris, Croix de Chavaux, le quartier de la Mairie, celui de l’IUT ( ?)… Bref, quelques polarités urbaines à renforcer… Nous pourrions aussi traiter quelques axes urbains majeurs qui structurent la ville : la « rue de Paris », la rue de Rosny ( ?), certains boulevards… en autorisant des hauteurs plus élevées où se développeraient des logements collectifs, des bureaux, des commerces. Ailleurs, le tissu bas et dense serait renforcé et protégé…

Conclusion provisoire

Le PLU actuel de Montreuil (en 2013) détruit la ville de manière indifférenciée, par mitage, et ne tient aucun compte de l’existant et de sa richesse. Hors de toute analyse logique, il impose le modèle parisien (modèle non écologique comme je le montre ci-dessus) à presque toute la commune, ne ménageant que quelques îlots bas et denses. Il faut prendre la question dans l’autre sens : protéger le tissu ancien montreuillois, et le montrer en exemple pour l’urbanisation des nouveaux quartiers parisiens (je l’avais appliqué au nouveau quartier des Batignolles à Paris, qui a malheureusement été bétonné à outrance).

Montreuil est une ville écologique par nature. Il faut défendre et prolonger sa forme ancienne basse et dense.