Restaurer Notre-Dame de Paris et l'île de la Cité dans leur état pré-haussmannien

La cathédrale Notre-Dame de Paris doit être restaurée à l’identique (en conservant les apports de Viollet-le-Duc). Et ce travail doit être confié aux compagnons: charpentiers, tailleurs de pierre, artisans du métal, sculpteurs, etc., dignes héritiers de ceux qui l’ont bâtie. Personne d’autre qu’eux ne saurait le faire aujourd’hui, en conservant au bâtiment son esprit d’origine.

Gravure de la cathédrale Notre-Dame de Paris et son parvis au 18ème siècle. L’échelle du parvis est beaucoup plus réduit que l’esplanade d’aujourd’hui ; il n'est plus grand que l'intérieur de la cathédrale elle-même, comme vous le verrez sur le plan ci-dessous...

Eux seuls ont aujourd’hui la connaissance et la culture pour restaurer cet édifice. Les métiers du bâtiments, jusqu’aux architectes, ont aujourd’hui perdu toute qualification technique digne de ce nom, et ce ne sont pas les dites « prouesses » architecturales qui doivent nous tromper: sous les carapaces de verre, d’acier ou de béton, regardons les techniques et les structures mises en oeuvre… Le sens de l’esthétique a disparu avec l’appauvrissement et l’ignorance des savoir-faire constructifs.

Je ne connais pas aujourd’hui d’artisan (ou même d’ingénieur) du bâtiment plus qualifié qu’un charpentier traditionnel japonais… Tournons justement nos yeux un instant vers le Japon, un des rares pays qui a su préserver ses traditions artisanales ancestrales et maintenir les savoir-faire de ses compagnons, notamment dans le domaine de la construction, en leur confiant l’entretien et la reconstruction des bâtiments patrimoniaux. Quel architecte contemporain oserait aujourd’hui, quand le temple d’Isse est reconstruit tous les vingt ans, prétendre qu’il faut lui apporter une touche de modernité ?

Sachons comprendre, comme nous l’a enseigné Camillo Sitte au 19ème siècle, que la modernité, si elle s’est accompagnée de progrès techniques et industriels, a ravagé les villes et les villages, dénaturé totalement l’architecture et les espaces urbains, sans parler des autres arts. Les savoir-faire ont pour une grande part disparus; cela est particulièrement frappant dans les plans d’urbanisme modernes, encore aujourd’hui.

Plan de 1754. Ce plan urbain doit être reconstitué à l’identique. La destruction des bâtiments qui formaient le parvis (réduit) de la cathédrale a retiré tout sens à celle-ci. Historiquement une église est insérée dans le tissu urbain; elle se vit de l’intérieur.

Depuis le 19ème siècle et les travaux haussmanniens, l’île de la Cité a été ravagée. Tout le tissu ancien du coeur de Paris a disparu, des bâtiments emblématiques comme l’ancien Hôtel Dieu ou l’hôpital des Enfants Trouvés détruits. Aujourd’hui l’île est une « morne plaine », parsemée de quelques bâtiments emblématiques épars… Le parvis de la Cathédrale ressemble à une esplanade, contraire au sens des places et parvis d’autrefois qui faisaient la beauté des parcours urbains. Un monument n’a pas à être vu d’aussi loin, ni à être isolé de son voisinage (Camillo Sitte: « l’art de bâtir les villes »).

L’ancien Hôtel Dieu en 1870, juste avant qu’il ne soit détruit. Au fond de l’image le nouvel Hôtel Dieu, encore présent aujourd’hui. Il faut reconstruire ce bâtiment qui longeait la Seine et refermait le parvis de la cathédrale, laissant deviner ses tours. Une cathédrale se voit de l’intérieur. crédit BHVP

D’un mal (l’incendie de Notre-Dame), faisons un bien. Prenons conscience que là où nous avons le plus à apprendre (à re-apprendre), c’est à refaire ce que la « modernité » a détruit depuis le 19ème siècle. Ré-apprenons l’architecture, ré-apprenons les métiers de la construction, ré-apprenons l’art de dessiner la ville. Donc, reprenons les plans et les vues anciennes de l’île de la Cité, heureusement conservés, et reconstruisons, à l’identique, ce qui a été défait. Reprenons les plans de l’île du 18ème siècle, et rebâtissons à l’identique ce qui peut l’être, notamment sur le parvis (ancien Hôtel Dieu, hôpital des Enfants Trouvés, rue Neuve Notre-Dame et les immeubles qui la bordaient…

Nous y apprendrons beaucoup de choses. Nous romprons avec les dogmes et les lubies « modernes ». Nous réapprendrons à produire de la beauté, ce qui est un apprentissage, qui s’est malheureusement perdu.

Parvis de Notre-Dame en 1730 et ensemble des bâtiments qui le constituaient. Le front bâti à gauche de l’image est remplacé par le nouvel Hôtel Dieu. Tout le reste peut être reconstruit à l’identique, avec les matériaux d’époque.

Post scriptum : pourquoi avons-nous dessiné des plans anciens, des élévations des façades, réalisé des gravures, puis des photographies, et les avons-nous conservés ? Ce n’est pas par nostalgie, ou par soucis d’accumulation, mais tout simplement pour pouvoir un jour, quand des destructions malheureuses seraient opérées, reconstituer ce qui a disparu. Nous avons aujourd’hui tous les documents pour reconstituer ce coeur de ville dans son état du 18ème siècle…

Photographie de Marville de l’ancien Hôtel Dieu
Photographie au 19ème siècle de l’ancien hôpital des Enfants Trouvés